Paul Huet : « le Delacroix du paysage »

Carjat  Etienne, Paul Huet - Peintre français vers 1865, épreuve sur papier albuminé à partir d'un négatif verre, contrecollée sur papier canson, H. 0.105 ; L. 0.06 musée d'Orsay, Paris, France © photo musée d'Orsay / RMN

Carjat Etienne, Paul Huet, vers 1865, musée d’Orsay, Paris© photo musée d’Orsay / RMN

Paul Huet (Paris 1803-Paris 1869) a été formé très jeune, tout d’abord au près de Jean Julien Deltil (1791-1863), élève de Jacques Louis David (1748-1825). En 1818, il intègre l’atelier de Pierre-Narcisse Guérin (1774-1835), peintre néo-classique qui avait ouvert en 1810 son atelier qu’Eugène Delacroix (1798-1863) a également fréquenté. Puis, en 1819, il entre à l’École des Beaux-Arts de Paris dans l’atelier de Antoine-Jean Gros (1771-1835). Mais c’est à l’Académie Suisse où il étudie en 1822 qu’a probablement eu lieu la rencontre d’Eugène Delacroix et de Paul Huet. Dans cet atelier libre du « Père Suisse », Charles Suisse y « dispensait un enseignement basé sur l’étude des modèles vivants » selon la courte biographie de Paul Huet présentée sur le Site Internet officiel du Musée National Eugène Delacroix.

Toutefois, Paul Huet préfère très tôt l’étude de la nature en plein air à l’étude en atelier. Son œuvre est constituée principalement de paysages, paysages romantiques réalisés lors de ses voyages en Ile-de-France, dans le pays Niçois et sur le reste du territoire français. Il exécute également des paysages en Italie comme l’indique l’article relatif à l’aquarelle intitulée Une tour des remparts de Villeneuve-lès-Avignon que lui consacre le Site Internet Officiel du Musée du Louvre.

Selon Henri Focillon dans La peinture au XIXème siècle cité par Pierre Daix dans son ouvrage intitulé Pour une histoire culturelle de l’art moderne : de David à Cézanne volume 1 disponible partiellement sur Google Books, Paul Huet « est le représentant le plus complet et le plus élevé du paysage ».  Il est à souligner que le peintre parisien montre très tôt un intérêt pour les paysages des environs de Paris, notamment sur l’île Seguin qu’il dessine et peint en plein air dès l’âge de 13 ans. Le Musée de Sceaux du Département des Hauts de Seine qui possède une vingtaine d’œuvres de l’artiste, évoque ses débuts précoces dans un courte présentation traitant de sa pratique artistique en plein air sur l’île Seguin à propos d’une esquisse représentant des enfants sur l’île Seguin. La brève présentation ne précise pas les références de cette œuvre ni son titre exact. Cette présentation reprend une citation de Paul Huet sur son intérêt pour le paysage francilien, sans citer à nouveau de source : « On va bien loin chercher des motifs, on n’en trouve pas de plus beaux que ceux qu’on peut rencontrer à Paris ou aux environs ». En ce début de XIXème siècle, cet intérêt pour le paysage francilien est nouveau dans la peinture française. En allant dès les années 1830 peindre et dessiner sur le motif à Barbizon, village situé à la lisière de la Forêt de Fontainebleau, Paul Huet est considéré comme le précurseur de l’Ecole de Barbizon. Le paysagiste romantique fait du paysage un sujet autonome dans lequel il exprime au moyen de la mine de plomb et de l’aquarelle ses propres sensations au contact de la nature. La route des Ligueurs à Fontainebleau, que Paul Huet exécute à l’aquarelle et au crayon noir en est un exemple.

Huet Paul, La route des Ligueurs à Fontainebleau (RF  2049, Recto), aquarelle - crayon noir, s.d. © Musée du Louvre, Département des Arts graphiques

Huet Paul, La route des Ligueurs à Fontainebleau (RF 2049, Recto), 17, 4 cm x 30, 5 cm, aquarelle – crayon noir, s.d. © Musée du Louvre, Département des Arts graphiques

Le peintre va également peindre et dessiner autour de Saint-Germain. Il exécute en 1822 à la mine de plomb et aquarelle sur papier beige Terrasse de Saint Germain conservée au Musée de l’Ile-de-France du Domaine de Sceaux. Le fonds documentaire d’Île-de-France du Domaine de Sceaux consultable en ligne présente une notice de l’œuvre qui est succincte et dont l’image est de moindre qualité. On trouve également répertorié dans ce fonds documentaire l’ensemble des œuvres de Paul Huet conservé au Domaine de Sceaux –  22 peintures,  13 estampes et 4 dessins. Trois monographies sont également répertoriées sous forme de notice;  la monographie Paul Huet 1803-1869 d’après ses notes, sa correspondance, ses contemporains : documents recueillis et précédés d’une notice biographique de H. Laurens édité en 1911 semble intéressante mais  l’ouvrage n’est pas numérisé et ne peut être consulté que sur rendez-vous.

La présentation au format.pdf téléchargeable sur le site internet du Musée Fabre de l’agglomération de Montpellier évoque la Vue prise à Bas-Meudon, huile sur toile présentée au Salon de 1863 et conservée au Musée Fabre. Dans cette présentation, Paul Huet y est qualifié de « plus grand représentant de l’école romantique du paysage ». L’article wikipédia relatif au peintre parisien précise avec pertinence que, durant son séjour à Nice, Huet tente « de rendre la lumière locale à l’aquarelle ». L’article reste cependant très bref et peu abouti notamment en ce qui concerne « la liste de ses tableaux » qui est trop peu détaillée, sans date, sans précision sur le médium, sans lieu de conservation. La bibliographie est intéressante mais les références ne sont pas citées dans leur intégralité. La notice complète de la base Joconde rédigée en 2001 à propos de l’aquarelle intitulée Vue générale de Nice et des monts de France apporte des détails intéressants et documentés relatifs à la question du traitement de la lumière chez Paul Huet durant son séjour niçois : « Il faudra un certain temps à Huet pour s’adapter à cette contrée resplendissante de lumière. L’aquarelle lui permet peu à peu de trouver le ton juste, ainsi qu’en témoigne cette vue panoramique. » Cette citation renvoie à l’ouvrage Souvenirs de voyage. Autographes et dessins français du XIXe siècle, Paris, musée du Louvre, Cabinet des dessins, 1992 de A. Sérullaz et V. de Chillaz. De plus, la notice Joconde (pour des précisions sur la base Joconde, cliquer ici) propose une bibliographie détaillée sur l’artiste. Durant son séjour niçois effectué en 1838 pour améliorer la santé fragile de sa femme, l’intérêt  pour la lumière se développe  comme l’illustre, par exemple, Vue générale de Nice et des monts de France, aquarelle sur traits de crayon noir  ou bien encore Vue de la corniche, Rocca Brune (RF 2033, Recto), Aquarelle sur traits de crayon noir toutes deux conservées au Département des Arts Graphiques du Musée du Louvre.

Huet Paul, Vue générale de Nice et des monts de France, aquarelle sur traits de crayon noir, vers 1838, H. en m 0,373 ; L. en m 0,590, Département des Arts Graphiques, Musée du Louvre, Paris, © Réunion des musées nationaux

Huet Paul, Vue générale de Nice et des monts de France, aquarelle sur traits de crayon noir, vers 1838, H. en m 0,373 ; L. en m 0,590, Département des Arts Graphiques, Musée du Louvre, Paris, © Réunion des musées nationaux

Huet Paul, Vue de la corniche, Rocca Brune (RF  2033, Recto), s.d., Aquarelle sur traits de crayon noir, H. 00,372  m  ;  L.  00,592 m, Département des Arts Graphiques, Musée du Louvre, Paris © Musée du Louvre, Département des Arts graphiques,RMN

Huet Paul, Vue de la corniche, Rocca Brune (RF 2033, Recto), s.d., Aquarelle sur traits de crayon noir, H. 00,372 m ; L. 00,592 m, Département des Arts Graphiques, Musée du Louvre, Paris © Musée du Louvre, Département des Arts graphiques, RMN

Paul Huet commence à acquérir une certaine notoriété dans les années 30, notamment au Salon de 1831. Charles-Augustin Sainte-Beuve (1804-1869), écrivain et critique littéraire français, lui dédie dans le Globe un article dans lequel il loue ses talents de paysagiste : « la nature avant tout, la nature en elle-même et avec toutes ses variétés de collines, de pentes, de vallées, de clochers à distance ou de ruines, la nature surmontée d’un ciel haut, profond et chargée d’accidents, voilà le paysage comme l’entend Paul Huet (…) ». Toutefois, si Paul Huet arrive à rendre de façon libre et légère les paysages au moyen de l’aquarelle exécutée sur le motif, les grandes compositions perdent « une certaine spontanéité » en atelier comme le relève la brève biographie de Paul Huet sur le Site Internet du Musée National Eugène Delacroix. En 1854, Eugène Delacroix écrit : “ce pauvre Huet n’a plus le moindre talent ; c’est de la peinture de vieillard, et il n’y a plus l’ombre de couleur” (Hannoosh, t. I, p. 783). Il le félicite, par contre, pour Inondation à Saint-Cloud (Salon 1855) – entré dans les collections nationales en 1857 (Paris, musée du Louvre) et intervient pour l’obtention d’une médaille de 1ère classe (7 novembre 1855). En 1858, à la suite d’une visite à son atelier, Delacroix note : “ses tableaux m’ont fait impression. Il y a une vigueur rare […] j’y ai pensé avec beaucoup de plaisir toute la soirée” (Hannoosh, t. II, p. 1233) » selon la biographie consacrée à Huet sur le Site Internet Correspondance d’Eugène Delacroix. L’Inondation à Saint-Cloud dont Delacroix vante les qualités, est une huile sur toile présentée au Salon de l’Exposition Universelle de 1855. La notice Joconde en propose une illustration de très faible qualité en terme de résolution d’image.

Huet Paul, L'Inondation de Saint-Cloud, 1855, Huile sur toile, H. 203.5, l. 300 cm , Musée du Louvre, Paris © Hervé Lewandowski, Réunion des musées nationaux

Huet Paul, L’Inondation de Saint-Cloud, 1855, Huile sur toile, H. 203.5, l. 300 cm , Musée du Louvre, Paris © Hervé Lewandowski, Réunion des musées nationaux

Sur le Site Internet Officiel du Musée du Louvre, l’huile sur toile de Huet est nommée L’inondation de Saint-Cloud. L’image proposée est d’une résolution de qualité supérieure à la première mais reste assez faible, et elle est présentée uniquement avec son cadre.

Huet Paul, L'inondation de Saint-Cloud, Huile sur toile, H. : 2,03 m. ; L. : 3 m., Musée du Louvre, Paris © Musée du Louvre/A. Dequier - M. Bard

Huet Paul, L’inondation de Saint-Cloud, Huile sur toile, H. : 2,03 m. ; L. : 3 m., Musée du Louvre, Paris © Musée du Louvre/A. Dequier – M. Bard

Paul Huet et Eugène Delacroix seront liés par une très grande amitié et c’est Paul Huet qui « aura l’honneur de prononcer l’oraison funèbre sur la tombe de Delacroix » lors de son enterrement le 17 août 1863, comme le précise la courte biographie de Paul Huet du Musée Nationale Eugène Delacroix. A la fin de sa vie, le peintre est isolé et représente des paysages romantiques de plus en plus tourmentés comme Le gouffre, paysage, 1861 conservé à Paris au Musée d’Orsay.  Selon la notice du Musée d’Orsay, « Ce tableau est un superbe exemple de la veine romantique qui pourtant, en 1861, est déjà dépassée. On y vit l’allégorie d’un peintre vieillissant, malade, tourmenté et désormais incompris. »

Huet Paul, Le gouffre, paysage en 1861 huile sur toile H. 1.25 ; L. 2.12 musée d'Orsay, Paris, France ©photo musée d'Orsay / rmn

Huet Paul, Le gouffre, paysage en 1861 huile sur toile H. 1.25 ; L. 2.12 musée d’Orsay, Paris, France ©photo musée d’Orsay / rmn

Gaëlle Pengloan

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